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Marie-Thérèse Reuter

Sans savoir qu’elle posait les fondations du futur jumelage, l’ancienne directrice de l’Espérance a initié les premiers contacts avec Bad Liebenzell au début des années 1980. Portrait posthume de celle qui a tiré sa révérence en mars 1994 : une pionnière, une femme de théâtre et de spectacle au caractère bien trempé.

Le point de départ : un séjour de vacances à Bitburg, à la fin des années 1970. A partir d’une invitation informelle chez une relation de M. Gourdin, responsable du patronage à Villaines-la-Juhel, Marie-Thérèse Reuter va tisser progressivement la relation d’amitié franco-allemande qui aboutira à la mise en place du jumelage, dans sa forme actuelle. La très charismatique directrice de l’Espérance saisit alors au vol la proposition d’animer un festival européen à Bitburg. L’occasion est trop belle aux yeux de celle qui a relancé, une dizaine d’années plus tôt, le patronage privé de l’Espérance, transmettant aux plus jeunes sa passion de la danse, du spectacle et du théâtre. L’organisation, à partir de 1965, du gala annuel de l’Espérance reste ancrée dans de nombreuses mémoires villainaises : des spectacles audacieux basés sur le ballet, l’opéra et le folklore français (Casse-Noisettes, le lac des cygnes…). Une organisation bien huilée et une patte artistique reconnue, largement mises à contribution pour l’animation des kermesses, défilés et fêtes de village locales, qui va prendre un essor durable Outre-Rhin. Après le premier festival européen à Bitburg, un autre projet plus ambitieux émerge en effet avec Bad Liebenzell, sous l’impulsion de M. Tessard, directeur de l’école publique. Il sollicite Marie-Thérèse Reuter pour renforcer les liens avec ses correspondants Allemands. Avec Gerhard Schmitt, directeur de l’harmonie de Bad Liebenzell et l’abbé Muller, la collaboration s’avère fructueuse. La première année, la petite troupe villainaise de danseuses est accueillie dans un foyer et assure l’animation d’un son et lumières à Hirsau. Elle retournera en Allemagne tous les deux ans, pour des rencontres internationales de danses folkloriques : une véritable expédition, avec une cinquantaine de danseuses, voyageant en car avec costumes, matériels et intendance. Une organisation complexe dont le succès tient sans conteste à la forte personnalité de Marie-Thérèse Reuter.

Un caractère bien trempé

« C’était une femme d’engagement, très cultivée et exigeante, marquée par un grand sens de la discipline », témoigne Brigitte Chaudet, qui lui a succédé à la tête de l’Espérance. « Elle était sévère, c’est vrai, mais toujours bienveillante et très aimée, pour tout ce qu’elle nous transmettait », renchérit Micheline Renard, qui a appris la danse et le théâtre à l’âge de 18 ans, sous la houlette de Marie-Thérèse Reuter. L’héritage qu’elle a laissé à Villaines-la-Juhel, au-delà du lien qui l’unit à ses partenaires allemands, est cette ouverture artistique offerte à de nombreuses jeunes filles, auxquelles peu d’activités culturelles et sportives étaient proposées dans les années 1960. Arrivée de Paris pour vivre sa retraite à Villaines-la-Juhel, Marie-Thérèse Reuter mobilise en effet un talent et une détermination forgés au fil d’une existence qui a eu son lot d’épreuves. Ses années de vie parisienne sont marquées par l’occupation allemande, qui l’oblige à envoyer son fils Jean, dont la santé est fragile, vers une famille d’accueil de la campagne de Villaines-la-Juhel. Elle garde quant à elle son emploi de couturière (stoppeuse-remailleuse) à Paris : un travail de précision et de minutie. La musique et le théâtre font déjà partie de sa vie. Comédienne, elle est aussi copropriétaire du théâtre de la Huchette, où les œuvres d’Ionesco tiennent une place toute particulière. « Elle a développé de multiples dons dans ce domaine, qu’elle a souhaité transmettre aux jeunes Villainais, quand elle a fait le choix de rejoindre le nord-Mayenne, à l’heure de prendre sa retraite », relate sa belle-fille evronnaise, Denise Reuter.

Naissance du jumelage et mort d’une pionnière

Après deux décennies d’engagement à Villaines-la-Juhel, au début des années 1990, la mort subite de son fils l’affecte durement. Elle tient néanmoins son rôle, s’implique dans la préparation des galas de l’Espérance et se rend annuellement en Allemagne jusqu’en 1993. Cette fin de vingtième siècle marque l’évolution des relations franco-allemandes villainaises, dont le succès attire d’autres acteurs publics (pompiers, municipalité, collège…). La création de l’AVI (Amitiés villainaises internationales) symbolise alors l’entrée dans l’ère du « jumelage » et l’émergence progressive d’une tonalité sans doute moins artistique et plus grand public. Cette évolution, Marie-Thérèse Reuter doit l’accepter. Parvenue au terme de son parcours, elle doit admettre une forme de dépossession. Après son décès en mars 1994, à l’âge de 86 ans, les marques de gratitude des Villainais et l’hommage rendu sur sa tombe par les Allemands de Bad Liebenzell ne laissent aucun doute sur le rôle majeur qu’elle a joué pour l’émergence de cette amitié franco-allemande riche et durable.


Page mise à jour le 11 juin 2019

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